Ballade du pugiliste niçois

de Michel Butor

pour Henri Maccheroni

Je t’ai rencontré pour la première fois lors d’une exposition du groupe Phases

A ma rentrée en France après avoir failli me fixer au Nouveau-Mexique

Nous avons jeté notre ancre d’abord sur la corniche fleurie puis à Saint-Laurent-du-Var

Avant de découvrir cette maison que nous espérions celles de toujours chemin de Terra Amata

Vendeur d’automobiles chez Peugeot tu te battais depuis des années comme un forcené avec la peinture

T’efforçant de regarder le sexe en face mais inguérissablement éberlué devant l’amour

Cherchant toujours le point sensible pour frayer un peu ton chemin de traverse parmi les coups

Tu m’as fait pénétrer dans ton repaire pour me promener depuis tes mondes inachevés jusqu’à tes archélogies

C’est alors que nous avons commencé un chant à deux voix en perpétuelle modulation

Que nous avons réussi à poursuivre depuis plus de vingt ans en dépit de tous et de tout

A travers mille aventures grotesques ou sérieuses telle celle de l’alchimique villa sur les auteurs parmi les senteurs et les miasmes

Transformée en école d’art contemporain auquel il s’agissait de faire prendre son envol

Ne doutant de rien tu essayais de prendre à leur propre jeu les puissances parisiennes


Cherchant toujours le défaut de la cuirasse l’ouverture de la garde pour sauver ta mise et ta peau avec les nôtres

Sont venus les voyages la découverte de New York avec ses grilles prismes et pyramides

Puis inévitablement celle de l’Egypte depuis si longtemps rêvées désirée avec sa lumière de quartz sur les nécropoles

L’installation dans la jungle métropolitaine aux regards méfiants derrière chaque vitre parmi le foisonnement des projets

Perçant fendant pourfendant cousant tordant tressant cuisant grillant teignant

Comme on s’acharne sur un sac de sable ou de son sans jamais s’éloigner du ring à peine le temps de panser les écorchures

Frappant sans trêve à de nouvelles portes qui s’entrouvrent sur d’autres où frapper encore inlassablement

Cherchant toujours l’issue, l’interstice, la fissure ou le raccourci pour t’y précipiter

Prince de la remise en cause infatigable archéologue du temps présent qui nous file sous les doigts

Détachant étalant épinglant couche après couche de poussière tissus emblèmes et mensonges

Eveillant au passage échos et complicités scandés par le grondement des ténèbres inquiètes

Cherchant toujours à écarter nos paupières pour nous éblouir enfin dans le renversement de la foudre

 


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